Pendant des années, on a parlé de « manager augmenté ». L’expression était rassurante : l’IA comme outil, le manager aux commandes, la technologie en soutien. Cette vision n’est pas fausse. Elle est simplement dépassée.
Nous sommes entrés dans l’ère du manager accéléré. La nuance est importante. L’IA augmentée, c’est 2022-2025 : une technologie qui traite des données, automatise des tâches, fait gagner du temps. L’IA accélérée, c’est aujourd’hui. C’est l’IA agentique, celle qui ne se contente plus d’exécuter une tâche mais qui orchestre une séquence entière d’actions proches du raisonnement humain. Avant, l’IA proposait un voyage. Aujourd’hui, elle le réserve, confirme les hôtels et écrit aux prestataires. L’étape du paiement est même déjà possible.
Ce glissement change profondément ce que signifie diriger.
Ce n’est plus un défi technologique
Pour la première fois dans l’histoire des grandes transformations d’entreprise, ce ne sont pas les DSI qui portent la vague. Ce sont les Directeurs Généraux et les DRH. Parce que l’IA ne touche pas les systèmes, elle touche directement le travail. Elle transforme la façon dont vos collaborateurs rédigent, analysent, décident et interagissent. Elle redéfinit le rôle du manager, qui passe de l’exécution au pilotage.
Nous sommes en train de passer de l’ère où l’on captait l’attention à l’ère où l’on capte le raisonnement humain. Et cela engage une responsabilité que vous, dirigeants, ne pouvez pas déléguer.
Les gains sont déjà là, si on sait les chercher
Prenons un exemple simple : le compte rendu d’entretien. Avec l’accord des deux parties et dans le respect du RGPD, un assistant rédactionnel IA enregistre l’échange et le retranscrit. Pendant ce temps, le manager écoute vraiment. Il pense aux prochaines questions. Il est présent. Résultat : on recrée de la qualité relationnelle là où la prise de notes la détruisait. C’est ce que fait déjà la version IA de Doctolib depuis fin 2024 : le médecin regarde son patient, le ressent, l’écoute, le compte rendu médical s’écrit automatiquement.
On peut aller plus loin. En mode synchrone, dans certaines boutiques premium parisiennes, des commerciaux équipés d’oreillettes reçoivent en temps réel les arguments ou questions pertinentes suggérés par l’IA, dans la langue du client. Ce n’est plus un outil de compte rendu. C’est un copilote de la performance.
La vraie question devient alors celle-ci : que fait-on du temps gagné ? Semaine de quatre jours ? Plus de business ? C’est à la gouvernance de décider. Mais décider, il faut.
L’inversion du paradigme
En 2000, on se demandait ce qu’on allait digitaliser. En 2026, tout peut être digitalisé. La question n’est plus « qu’est-ce qu’on automatise ? » Elle est devenue : à quel endroit met-on l’humain ?
C’est une révolution managériale majeure. Les compétences évoluent : moins d’expertise technique pure, davantage de soft skills, de transversalité, de capacité à arbitrer. Et pour la première fois, les profils seniors sont favorisés par une technologie, parce qu’ils ont le recul pour contrôler, vérifier et contextualiser ce que l’IA produit.
Cela devrait vous rassurer. Et vous alerter sur ceux que cela ne rassure pas.
Le risque que personne ne voit
On parle beaucoup de l’emploi, de la conformité, de l’éthique. Ces sujets sont légitimes. Mais il en est un autre, plus immédiat et plus concret, que la plupart des dirigeants sous-estiment : le risque cyber.
C’est la septième année consécutive que les assureurs français le classent risque numéro un. Et avec l’IA accélérée, les cyberattaques vont elles aussi s’accélérer. Deepfakes, clonage vocal, usurpation d’identité en visioconférence : demain, comment saurez-vous que c’est vraiment votre interlocuteur qui vous demande un virement après quarante-cinq minutes d’échange ? Les grandes entreprises ont pris conscience du problème. Mais dès qu’on descend dans les strates intermédiaires, très peu de dirigeants sont réellement cyber-assurés et couverts.
La conscience du risque ne s’est pas encore traduite en processus robustes. C’est le chantier le plus urgent, et le moins visible.
Ce que j’attends des dirigeants que j’accompagne
Avant toute implémentation, il y a trois étapes que je recommande systématiquement. D’abord, l’acculturation de l’ensemble des équipes, pas seulement des équipes techniques. Ensuite, le test des outils dans un cadre sécurisé, pour que chaque collaborateur se sente en confiance. Enfin seulement, l’implémentation, portée par les managers.
L’IA est devenue un enjeu de changement culturel à tous les niveaux de l’organisation. Ce n’est plus l’affaire des seuls DSI. C’est la vôtre.
Un article proposé par Mikaël Maslé est Associé chez Now Consulting, expert en IA appliquée à la Gouvernance et conférencier. Il consacre une part majeure de son activité à l’intelligence artificielle appliquée aux organisations, accompagnant des Conseils d’Administration, des COMEX et des dirigeants de tous secteurs sur la compréhension stratégique de l’IA, la gouvernance des données et la conformité réglementaire.



